Le faubourg Saint-Antoine |
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| Vue de la Bastille, de la porte Saint-Antoine et d’une partie du faubourg, dans H. Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles (1882-1889) | ||
Construit à l’origine en dehors des fortifications de Paris et de la Bastille, le faubourg s’est développé autour d’une abbaye de moniales, l’abbaye Saint-Antoine-des-Champs, d’où son nom. Les habitants, hors les murs, cherchaient en effet la protection de lieux religieux où ils pouvaient trouver protection en temps de guerre. L’abbaye cistercienne, dont l’église était consacrée à Saint Antoine, avait été érigée au début du XIIIe siècle sur la place d’un petit ermitage pour femmes "perdues", au milieu de marécages traversés par l’antique voie romaine qui conduisait vers l’Est. Fortifiée, l’abbaye était d’abord défendue par une petite garnison sous les ordres d’une abbesse. En 1229, Louis IX accorda à l’abbaye le titre d’abbaye royale, ce qui lui assurait désormais la protection des rois. Grâce à cet appui, l’abbaye prospéra, jouant un rôle important dans le drainage et l’assainissement des marais. Au XVe siècle, Louis XI l’exempte de la tutelle des métiers, ce que signale le texte de l’abbé Delaporte : les taxes sont supprimées et les contraintes sont moins lourdes, ce qui va attirer de nombreux artisans, en particulier les ébénistes qui reçoivent le bois par la Seine. Ces artisans sont rejoints par d’autres professions annexes, vernisseurs, doreurs et verriers. Au XVIIIe siècle, l’abbaye s’agrandit encore, devenant l’une des plus riches du royaume. L’abbesse, souvent de sang royal, est un personnage puissant qui crée des marchés (Aligre) et ouvre des rues dans le quartier. Le faubourg est au XVIIIe siècle celui du meuble et du luxe, dont profitent les riches bourgeois et nobles qui s’établissent dans les nouveaux quartiers au nord et à l’ouest de la capitale. Comme Mercier le note dans son Tableau de Paris, les ouvriers, nombreux, sont bien mal traités :
Appauvris, les ouvriers du faubourg nourrissent des idées de révolte. Aussi seront-ils très actifs dans la Révolution. Dans l’assaut de la Bastille (14 juillet 1789) ou celui des Tuileries (10 août 1792), beaucoup sont issus de ce faubourg.
En 1791, déclarée bien national, l'abbaye de Saint-Antoine est transformée en hôpital. Son église fut quant à elle détruite en 1796. À l’emplacement de l’abbaye se dresse encore aujourd’hui l’hôpital Saint-Antoine.
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