La place de Grève

Le Voyageur français ou la connaissance de l’ancien et du nouveau monde, mis au jour par M. l’Abbé DELAPORTE, tome XLII, Paris, chez Moutard, 1794, p. 144-145 :
« La place de Grève, vis-à-vis de l’hôtel-de-ville, fut établie en vertu d’une charte du roi Louis le Jeune [Louis VII de France, dit Louis le Jeune, né en 1120, mort en 1180 à Melun, roi de 1137 à 1180], sur la demande des bourgeois de Paris. Ce monarque y déclara que, moyennant la somme de soixante-dix livres parisis que ces bourgeois lui paieraient, la place resterait libre et qu’on n’y élèverait aucun bâtiment. Depuis ce temps, on fait dans cette place différentes cérémonies, telles que celle du feu de la Saint Jean : la ville y donne des fêtes ; et c’est là que se font ordinairement les exécutions. La première est de l’année 1310, époque à laquelle une femme hérétique, nommée Marguerite Perrette, y fut brûlée. La halle au vin y fut transportée en 1413, et la place au charbon, en 1642. »

La place de Grève est à l’origine du mot « grève », qui désigne un arrêt volontaire du travail. Cette place, qui tire son nom du fait qu'elle était bordée d'une plage de sable et de gravier, était l'un des principaux ports d'accostage des bateaux qui ravitaillaient la ville en bois, en blé et en vin. Un marché s’installa à proximité. Aussi les hommes sans emploi y trouvaient-ils facilement du travail. L'expression "faire grève" a donc d'abord signifié "se tenir sur la place de Grève en attendant de l'ouvrage" avant d'évoluer vers le sens qu'on lui connaît aujourd'hui, à savoir cesser le travail "en se liguant pour obtenir une augmentation de salaire" (Littré, 1872).

Sous l'Ancien Régime, cette place servait aussi aux exécutions et aux supplices publics. C'est précisément « pour l’avoir vue un jour sur une estampe, apportée par un colporteur, qui représentait le supplice du bandit Cartouche, en novembre 1721 » que Nicolas Le Floch la reconnaît d’emblée à son arrivée dans la capitale. Robert François Damiens, qui avait tenté de tuer Louis XV, y fut aussi exécuté. La Révolution continua la tradition : la première exécution par guillotine eut lieu en place de Grève en 1792. En 1775, dans Le Sang des farines, Nicolas y assiste – en tant que magistrat – ŕ la pendaison de Desportes et Lesguille – L’Éguillier –, pendaison qui eut bien lieu en mai 1775, à la suite de l'« émotion populaire » dite Guerre des Farines.
 

 
  Damiens étendu sur un lit de fer,
[s.n.]. Source gallica.
Exécution de Damiens,  [s.n.]. Source gallica.